« Je suis en train de me faire un nom en Espagne »

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Foot Mercato : Vous avez débuté au Racing Club de Lens. Que retenez-vous de votre passage là-bas ?

Jérémie Bela : J’en garde de très bons souvenirs à tous les niveaux. J’y ai fait ma formation juste après mon passage à l’INF Clairefontaine. J’ai fait mes débuts pros là-bas. Il y avait une génération où je ne pouvais que progresser avec des talents reconnus aujourd’hui dans le monde entier comme Raphaël Varane, Geoffrey Kondogbia ou Serge Aurier. Je n’ai que de bons souvenirs à Lens même si j’aurais préféré que la fin de mon aventure soit meilleure. À l’époque, il y avait eu un nouveau coach et le club avait d’autres ambitions. Mais je ne saurais pas vous dire pourquoi ça s’est arrêté car on ne m’a jamais dit les choses clairement. La seule chose que je savais et qui était claire, c’est qu’on ne comptait plus sur moi. Peut-être que j’ai manqué parfois de maturité à Lens. Au final, je ne regrette pas d’être parti.

FM : C’est à Dijon que vous avez poursuivi votre carrière. Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

J.B  : Dijon, c’était super. La première année, on a joué la montée. Mais à partir du mois de janvier, on a eu un gros trou d’air pendant deux ou trois mois. Les mauvais résultats se sont enchaînés et on a perdu notre place de leader. On a manqué la montée. Mais ça n’a pas été le cas la saison suivante puisqu’on a été promu en Ligue 1. C’était une année magnifique avec un groupe comme on en voit rarement. Il y avait une bonne cohésion sur comme en dehors du terrain. Tout a été positif à Dijon. J’ai encore des amis là-bas et dès que je peux, j’y retourne avec plaisir.

FM : A l’été 2017, vous vous êtes remis en question et vous avez même pensé arrêter votre carrière.

J.B : En toute honnêteté, j’en avais marre du foot. J’étais à bout. Je n’étais plus amoureux du football. J’avais deux solutions : soit changer complètement d’air, soit j’arrêtais tout. Ce n’est pas parce que je me sentais faible mentalement ou quoi que ce soit. C’était juste que je n’étais pas heureux. Il y avait un peu de tout. De la lassitude je pense. Je n’étais plus passionné. Je continuais à jouer juste parce que j’avais toujours fait ça. J’avais donc besoin de changer d’air, de changer de vie, de repartir à zéro. J’avais aussi l’impression qu’en France, j’avais une étiquette. On me disait souvent : “le talent et le potentiel sont là mais tu es souvent blessé et pas assez régulier“. J’avais l’impression que je ne pouvais plus enlever cette étiquette.

FM : Vous avez finalement signé à Albacete en D2 espagnole. C’était l’occasion de repartir à zéro et de revenir aux bases de votre passion pour ce sport.

J.B : C’est exactement ça. J’ai fini par rejoindre Albacete car je voulais tout recommencer à zéro et aller dans un pays où on ne me connaissait pas mais où ça jouait quand même au foot. Je voulais aussi réapprendre à me connaître en tant que footballeur, mais aussi en tant qu’homme. Partir seul à l’étranger, ce n’est pas forcément facile. Je voulais voir si j’avais des “cojones”. Ce challenge était un défi à tous les niveaux. Aujourd’hui, je peux vous dire que je ne le regrette pas du tout. Le seul regret que je peux avoir, c’est de ne pas l’avoir fait avant.

FM : Finalement, on peut dire que c’était plus qu’un transfert pour vous.

J.B : Oui, tout à fait. J’ai pu me retrouver, mais aussi me redécouvrir en tant que footballeur et personne.

FM : Comment s’est passée la saison 2017-2018, qui était votre première à Albacete ?

J.B  : Franchement, la saison avait super bien commencé au niveau personnel. En revanche, collectivement, il n’y avait pas les résultats. C’était assez compliqué. Il y avait une quinzaine de nouveaux dans l’équipe. Il fallait donc le temps pour que tout le monde s’adapte. J’enchaînais les matches, ce qui ne m’était pas arrivé depuis très longtemps. Je prenais du plaisir, j’étais heureux de jouer au foot, même si les statistiques ne suivaient pas. Sur comme en dehors du terrain, on voyait que j’étais content.

FM : Vous n’aviez joué qu’en France avant de rejoindre Albacete. Avez-vous été surpris par le niveau de la D2 espagnole ?

J.B : Le niveau se rapproche beaucoup plus de la Ligue 1 que de la Ligue 2, surtout au niveau technique. Je peux vous dire que le niveau technique, c’est quelque chose là-bas. On se demande même comment certains sont en deuxième division, ce n’est pas possible. Il y a de très grosses équipes comme Osasuna, Granada ou La Corogne. Le niveau est très élevé. C’est rythmé, intense. Il n’y a pas un match où on peut dire lui est favori et il va gagner. Ce sont même souvent les matches censés être les plus faciles qui sont les plus durs. Je pense que la D2 espagnole n’a pas la reconnaissance qu’elle devrait avoir.

Bela cartonne cette saison

FM : C’est un championnat que vous avez appris à connaître durant une saison. Pour votre deuxième année à Albacete, quelles étaient vos ambitions ?

J.B : Je voulais enchaîner le plus de matches possible et prendre du plaisir. Au niveau personnel, je souhaitais améliorer mes statistiques et être régulier sur l’intégralité des matches. Je voulais avoir le moins de trous d’air possible car j’avais tendance à avoir des temps faibles ou des moments de déconcentration de 10 ou 15 minutes parfois pendant les matches. Je voulais corriger ces choses. En voyant les nouveaux joueurs arrivés l’été dernier, je me suis aussi dit qu’on avait moyen de jouer la montée en Liga. C’est ce qu’on est en train de faire. On est bien placé (Albacete est 4ème de Segunda B et toujours en lice pour la montée, ndlr).

FM : Tout se passe bien pour vous puisque vous enchaînez les buts (9 en 25 matches toutes compétitions confondues). Vous n’avez jamais semblé aussi fort.

J.B : Au niveau statistique, on peut dire que c’est ma meilleure saison. Mais c’est surtout au niveau du contenu qu’il y a une évolution. Je me trouve beaucoup plus mature dans les prises de décision, dans l’envie de faire mal à l’adversaire. À tous les niveaux, je peux dire que c’est ma saison la plus réussie.

FM : Vous attendiez-vous à marquer autant de buts ?

J.B : Je ne m’étais pas fixé d’objectifs, mais je sentais que je pouvais marquer beaucoup plus de buts. En même temps, ce n’était pas difficile (rire). Je savais que j’en étais capable. Je sais que je peux faire beaucoup mieux. Je mets toutes les armes de mon côté pour essayer d’être décisif à chaque rencontre. Cette année, ça rentre. J’espère que d’ici la fin de la saison je marquerais d’autres buts importants, et qu’on aura surtout de nombreuses victoires, car on en a besoin.

FM : On sent que vous avez eu un vrai déclic cette saison…

J.B  : Oui, j’ai eu un déclic. Je pense que c’est lié au nouveau coach et au nouveau staff technique. Même si l’ancien staff me mettait en confiance, je sens que cette année, le coach sait appuyer là où ça fait mal et où je dois progresser. Ce n’est pas un coach qui va parler des heures et des heures. Mais quand il parle, il vous dit les choses très clairement. Il m’a parlé de mes axes de progression, du travail individuel. Il m’a beaucoup aidé. C’est à partir de ce moment-là que j’ai pris conscience que je pouvais marquer plus de buts.

FM : Vous êtes toujours en course pour monter en Liga. Vous sentez-vous prêt à jouer à ce niveau ?

J.B  : Sans prétention, je pense que oui. Notre équipe a les qualités pour y jouer. Personnellement, je me sens prêt à y jouer. C’est un championnat qui me plaît énormément. Tous les amoureux du foot aiment la Liga. J’aimerais me frotter à des équipes encore plus grandes, à un niveau supérieur. L’objectif serait d’y aller avec Albacete. Ce serait le top.

FM : Vous êtes en fin de contrat en juin (une année en option). Avez-vous commencé à parler prolongation avec votre club ?

J.B  : J’ai une année en option dans mon contrat (jusqu’en 2020). Cela dépend du nombre de matches que j’effectue. Là, on a commencé à discuter. Cela dépendra de notre fin de saison. On devra se mettre autour de la table pour discuter et savoir ce que je veux et ce que le club veut aussi. Pour le moment, on n’en a pas encore parlé. On a d’autres priorités.Mais ça ne devrait pas tarder.

FM : Votre situation et votre belle saison ne passent pas inaperçues. Avez-vous eu des approches ? Revenir en France peut-il vous intéresser ?

J.B : Oui, il y a des clubs qui me suivent. J’ai reçu plusieurs appels. Il y a des intérêts concrets. Mon objectif est de rester en Espagne. J’ai réussi à me faire un nom ici. Le plan que j’avais en tête est en train de se réaliser. J’aimerais donc bien continuer en Espagne. Tout se passe bien au niveau du foot et dans la vie de tous les jours. Je me sens bien dans ce pays. La mentalité correspond totalement à mes valeurs, à ce que je suis. Au niveau de la langue, je suis plus à l’aise. Ensuite, si jamais il y a une proposition de France ou d’ailleurs qui ne peut pas se refuser que ce soit pour le club comme pour moi, je ne ferais pas le difficile. Mais rester en Espagne ce serait le top pour moi.

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