A place where you need to follow for what happening in world cup

Lucas Hernandez : « Plus difficile d’être papa que champion du monde » – Equipe de France

79

Sacré l’été dernier avec les Bleus, le défenseur de 22 ans fut l’une des révélations du Mondial en Russie. Il raconte au « Figaro » comment cela a changé sa vie.

L’automne a pointé le bout de son nez à Madrid, la pluie fine et le ciel grisâtre sont là pour le rappeler. Après une longue séance photo pour les besoins d’un magazine tendance, Lucas Hernandez a donné rendez-vous au Figaro. Look apprêté et sourire accroché au visage, le plus espagnol des Français a pris le temps de revenir sur son été magique avec les Bleus et son changement de dimension. Un nouveau statut qui fait de lui un homme courtisé, avec une approche récente du Bayern Munich, désireux de s’attacher ses services pour une somme astronomique (80 millions d’euros de transfert) dès cet hiver. Une offensive qui met l’Espagne et Madrid en émoi.

LE FIGARO. – Quelle est la question qui vous agace depuis le sacre de la Coupe du monde?

Lucas HERNANDEZ. – Je ne suis pas agacé, mais celle qu’on me pose souvent c’est : « Qu’est-ce que cela vous fait d’être champion du monde ? » J’ai dû y répondre une centaine de fois. Donc, si vous voulez me la poser, je suis prêt, je me mets en pilotage automatique (sourire).

Message reçu. Depuis ce titre, si vous deviez mettre en avant un changement notable dans votre vie de tous les jours…

Les photos et les autographes que je peux signer au quotidien. Avant, j’étais Lucas Hernandez, joueur de l’Atlético Madrid. Maintenant, il faut ajouter la mention de champion du monde, et ça change la vie. Ce ne sera plus jamais comme avant. Tu te sens plus observé quand tu vas au restaurant, tu vois les gens te regarder, et c’est logique de ne plus être toi-même à 100 %. Tu dois faire attention à tout.

Didier Deschamps ne cesse de dire que le regard des gens à votre égard ne sera plus jamais comme avant. À 22 ans, prend-on vraiment conscience de cela?

Jamais de la vie. Je ne me rends pas compte de ce que cela signifie, d’être champion du monde. Quand j’arrêterai le foot et que je regarderai le trophée de la Coupe du monde dans mon salon avec quelques ­bières, là, il sera temps de savourer. 90 % des joueurs sacrés cet été s’en rendront compte une fois les crampons raccrochés…

Quel changement avez-vous apporté pour mieux appréhender cette nouvelle vie?

Je voulais mieux cadrer les choses face à l’afflux de demandes et de sollicitations, avec les publicités, les interviews (il a rejoint VIP ­Consulting, agence spécialisée dans la gestion d’image, NDLR). Après le Mondial, j’ai tout coupé, et, quand je suis revenu, tout le monde voulait tout. C’était délicat à gérer. Je ne veux pas me faire bouffer par le système, et je me suis dit qu’il ­fallait être plus professionnel à ce niveau-là.

« Critiquer un jeu qui nous a fait devenir champion du monde, dans quel pays tu vois ça ? »

Vous étiez inconnu du grand public avant la Coupe du monde. Comment vivez-vous votre nouvelle exposition médiatique?

J’entretiens une bonne relation avec la presse (sourire). Je suis quelqu’un d’agréable, avec le contact facile, et, que ce soit avec les journalistes ou mes coéquipiers, je suis toujours comme ça.

Les critiques vous touchent-elles, notamment celle sur le jeu jugé peu «sexy» des Bleus durant la Coupe du monde?

On ne peut pas plaire à tout le monde… Ce que je ne comprends pas, c’est de critiquer un jeu qui nous a fait devenir champion du monde. Dans quel pays tu vois ça ? Je n’imagine pas les Portugais râler après leur titre de champion ­d’Europe en 2016, ou d’autres nations qui ont gagné un grand titre… Si tu es champion du monde en jouant comme ça, pourquoi tu dois changer ? Tu as été au top en évoluant de cette façon, je ne vois pas de raison de tout modifier sous prétexte que certaines personnes ne sont pas satisfaites.

Les réseaux sociaux prennent aussi de plus en plus de place. Comment vous situez-vous par rapport à ce phénomène?

On retrouve de tout là-dessus, avec les critiques ou les encouragements. Il faut savoir faire la part des choses. Je suis quelqu’un de très fort mentalement et les messages négatifs ne me gênent pas du tout. Moi, ça me fait rire. Je prends tout ça à la légère.

Vous restez épargné par les critiques avec un style de jeu que les gens apprécient…

Ça arrivera un jour, je le sais, mais je suis costaud pour affronter ça. Dans dix ans, peut-être que je ne voudrai plus voir les gens qui m’insultent ou me méprisent, mais aujourd’hui je peux l’assimiler sans problème. Je suis arrivé en équipe de France, personne ne savait qui j’étais, et maintenant je pense qu’on sait qui je suis. Même la voisine de ma grand-mère à Montbéliard sait qui je suis (rires).

« Ce qui me manque le plus de la France ? La nourriture de ma grand-mère et la saucisse de Montbéliard »

Vous dites avoir pris du plaisir à parler français pendant la Coupe du monde, vous qui avez rejoint l’Espagne à l’âge de 5 ans…

(Son visage s’illumine) Oh que oui ! Je ne suis pas habitué à parler français, et, en Espagne, en dehors d’Antoine (Griezmann) ou de ­Thomas (Lemar), j’échange tout le temps en espagnol. Que ce soit chez moi, avec mon frère ou ma mère… Tu perds tes habitudes. Partager plus d’un mois avec les Bleus m’a fait du bien aussi à ce niveau-là, même si je me faisais chambrer sur des mots ou des expressions. Ils ne m’ont pas raté.

Vous donnez l’impression d’être naturel et d’avoir une grande confiance en vous…

Je suis quelqu’un de simple, de franc, qui dit ce qu’il pense. Les journalistes aiment ça. Peut-être que vos confrères et vous-même étiez contents de me voir en conférence de presse pendant le Mondial plutôt que d’autres joueurs (rires). Je dis toujours la vérité et ce que je pense.

Quelle relation entretenez-vous avec la France depuis le Mondial?

C’est mon pays, car je suis né à Marseille. Une partie de ma famille s’y trouve et, dès que j’ai un moment, j’y retourne. Après, j’ai fait toutes mes études, mon apprentissage du foot et ma carrière en ­Espagne. Mais j’ai toujours gardé la France dans mon cœur.

Que vous manque-t-il le plus de votre pays natal?

La nourriture de ma grand-mère et la petite saucisse de Montbéliard avec les carottes du jardin. Ils habitent là-bas et, quand ils viennent me voir, ils me font un petit paquet. Les horaires aussi sont différents. En France, tu déjeunes et dînes tôt, alors qu’en Espagne, tu es à table à 15 heures ou 22 heures. Quand j’appelle ma mamie et que je lui dis que je vais dîner, elle est déjà au lit.

« Je suis très bien à Madrid mais dans le football … »

Que pensez-vous du foot français?

En toute franchise, je n’ai pas de regard particulier sur la Ligue 1. J’observe le championnat espagnol et la Premier League. Je préfère ces deux ligues, qui sont plus spectaculaires. La Ligue 1 n’est pas mon championnat préféré, mais je suis les grands matchs avec le PSG, Lyon ou Marseille.

Revenir en France fait-il partie de votre plan de carrière?

Ce n’est pas la chose la plus importante à mes yeux. Après, dans la vie, tu ne sais pas vraiment ce que sera ton futur, encore plus dans le monde du foot où tout va très vite. Si demain je veux revenir en ­France, je serais enchanté, car c’est mon pays, mais si le destin me dit d’aller ailleurs, ce ne sera pas un problème. Il y a plein de clubs qui me font rêver en Europe, mais je ne vous dirais pas lesquels (rires). Je suis bien ici, à Madrid, mais si je dois partir demain parce qu’un projet m’intéresse, j’y penserai.

On vous annonce au Bayern Munich dès janvier pendant le mercato hivernal. Qu’allez-vous faire?

Je suis très bien à Madrid et en ­Espagne, où tout le monde me fait confiance depuis longtemps. Mais, dans le football, il y a beaucoup de sollicitations, et je devrai peser à chaque fois le pour et le contre afin de prendre la meilleure décision possible pour moi, ma famille et la suite de ma carrière.

Vous avez vécu une année particulière sur le terrain, mais aussi en dehors, avec la naissance de votre fils le 1er août, peu après la Coupe du monde. Est-ce plus dur d’être champion du monde ou jeune papa?

Être papa, sans hésitation ! Se réveiller toutes les trois heures pour le biberon ou changer la couche, ce n’est pas facile. Mais c’est quelque chose de magnifique. On est organisé. Quand c’est une semaine classique sans match, je me réveille la nuit ; quand le match approche, c’est la maman qui gère. Je commence à aimer ça, et j’irai chercher le deuxième (rires). Au début, j’étais totalement perdu, et heureusement que la maman était là pour m’aider. J’ai envie d’agrandir la famille, mais on peut attendre encore quelques années. J’en veux trois ou quatre. Trois, c’est certain ! Fille ou garçon, je m’en fous.

« Si Antoine (Griezmann) n’était pas là, je me serais perdu. C’est mon frère. »

Qu’est-ce que cette paternité a changé pour vous?

Avant, je ne pensais qu’à moi. Sur le plan personnel, déjà, avec une petite forme d’égoïsme, mais aussi sur l’aspect professionnel. Je pouvais me dire : «Tiens, ce club me plairait» Maintenant, tout a changé. Je pense pour lui avec l’école, le mode de vie. Son bonheur est devenu ma priorité. Tout ce que je fais, c’est pour lui à 100 %, ma personne vient après.

Vous êtes proche de votre famille, malgré l’abandon de votre papa à l’âge de 11 ans. Que voulez-vous inculquer à votre enfant?

Que ce soit une personne respectueuse, sérieuse, franche et honnête. C’est le plus important. Avec ça, mes enfants réussiront dans la vie. La famille est importante pour moi, mais maintenant j’ai créé la mienne. J’adore ça. Il faut qu’il goûte la saucisse de Montbéliard de Mamie. C’est une obligation.

Si vous deviez remercier une personne pour cette année 2018…

Ma femme. Cette année, il y a eu de grands moments, mais aussi des parties difficiles, et elle a toujours été là. Je pense aussi à Antoine (Griezmann). Il me parle sans cesse. Il a été là quand j’ai dû prendre l’une des plus grandes décisions de ma vie, quand il a fallu choisir entre la France ou l’Espagne et que je n’avais pas de nouvelles de la ­France. C’est lui qui m’a fait réfléchir et a tout changé. Il me disait que, si l’Espagne m’avait tout donné, j’avais du sang français, et si un jour la France m’appelait, il ne ­fallait pas refuser. C’est resté dans ma tête. Si Antoine n’avait pas été là, je me serais perdu. Avant de rencontrer ma femme et d’avoir le petit, j’aimais bien sortir et profiter en tant que célibataire, et lui m’a cadré, m’a dit de rester tranquille. Sur et en dehors du terrain. C’est mon frère.

De quoi rêve-t-on encore à 22 ans?

De la Ligue des champions. Je veux la soulever un jour, l’avoir dans mon palmarès et dans mon salon aussi. Avec l’équipe de France, il ne faut pas s’emballer. On est jeunes et on a encore de grands défis devant nous. Il faut ramener encore des trophées, comme l’Euro. Ou une autre Coupe du monde.



Lien Officiel Source – Lire l’article complet

vous pourriez aussi aimer
commodo Donec quis Phasellus Aliquam et, ut lectus pulvinar